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Le Monde - 22/10/97

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Les statisticiens montent en puissance dans les entreprises

Ces experts ne se cantonnent pas au monde de la recherche. Leurs interventions sont nombreuses dans l'industrie et le secteur financier.

On imagine facilement les statisticiens calfeutrés dans les bureaux de grands instituts faisant et défaisant des calculs, tous plus mystérieux et incompréhensibles les uns que les autres. Il est vrai, d'ailleurs, que beaucoup de ces spécialistes travaillent dans des structures comme le Credoc, l'Insee, l'Ined, des instituts de sondages (Ipsos, Médiamétrie...) et de conjoncture ainsi que dans les ministères. Mais cette image cache une autre réalité : la présence importante de statisticiens au sein des entreprises.

Anticiper et calculer

Les banques et les assurances ont ainsi besoin de ces spécialistes pour anticiper l'évolution des taux ou calculer des risques. Dans l'industrie, ils aident à la mise au point des produits et testent leur qualité. La pharmacie les utilise, par exemple, pour évaluer l'efficacité des médicaments avant de les mettre sur le marché. La liste est loin d'être exhaustive. On trouve aussi des statisticiens dans l'industrie automobile ou à EDF. « Ils s'occupent souvent de questions tournant autour de la fiabilité et de la qualité », observe Henri Caussinus, professeur de statistiques à l'université de Toulouse et président de l'Association pour la statistique et ses utilisations (ASU) qui va bientôt céder la place à une nouvelle association, la SFdS (Société française de statistiques).

S'ils sont disséminés dans l'ensemble des services d'une entreprise, c'est néanmoins la fonction « étude-recherche-projet » qui leur offre le plus de débouchés. Selon les données de l'Association pour l'emploi des cadres (APEC), sur 122 offres concernant les statisticiens entre juillet 1996 et juin 1997, 50 % avaient trait à cette fonction, 13,9 % à l'informatique, 10,7 % au marketing, 4,1 % à la fonction médicale, sociale et culturelle et seulement 2,5 % à la production.

Si ces offres d'emplois concernent des diplômes de l'enseignement supérieur type Ensae (Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique), ISUP (Institut de statistiques de Paris), DESS, etc., il existe également des débouchés pour les titulaires de DUT de statistique et traitement informatique des données (STID). Une dizaine d'IUT ont un département de cette nature en France.

Si pour faire un bon statisticien il faut « aimer les mathématiques », être « rigoureux », il faut aussi être « curieux », affirme Didier Blanchet, directeur de l'Ensae, « parce qu'il faut aller voir ce que les données ont dans le ventre. Il faut les faire parler ». Au-delà des chiffres, chacun vit bien sûr son métier selon sa personnalité, mais aussi en fonction de la manière dont est perçu son rôle dans l'entreprise. Ainsi Olivier, titulaire d'un DUT, est ravi de sa trajectoire au sein de l'entreprise de vente par correspondance qui l'emploie depuis le début de 1996. « J'ai délibérément choisi de faire des études courtes pour entrer très vite dans la vie active. En un an, mon travail a considérablement évolué et je pense que d'autres possibilités vont se présenter. » Entré au service fichiers, Olivier s'est occupé, dans un premier temps, des études qualitatives. Il fallait essayer de comprendre, par exemple, pourquoi tel vêtement avait plu. Puis il est passé à un rôle de ciblage des clientèles : déterminer, en fonction de l'historique d'un client, si on lui envoie ou non un mailing. « Dans ce poste, il y a davantage de décisionnel. J'ai plus de responsabilité. » Xavier, statisticien à la RATP, se montre beaucoup plus amer. « Je ne peux pas dire que mon travail suscite l'enthousiasme de nombreuses personnes. La hiérarchie se fiche des méthodes utilisées. Il est quand même frustrant d'essayer d'appliquer les techniques les plus modernes et de s'entendre dire qu'une bonne vieille règle de trois ferait aussi bien l'affaire. »

Mohamed El Babsiri, lui, ne se plaint pas de son sort. Entré en 1991 comme chercheur à la Caisse autonome de refinancement (CAR), une filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), il y est aujourd'hui responsable de l'ingénierie financière, département des marchés, et dirige une équipe de quatre personnes. Depuis 1994, il s'occupe de l'élaboration de produits financiers. Un travail « passionnant » qui se fait en équipe. « Un produit, c'est quelques millions, voire quelques milliards de francs, explique-t-il. On ne peut pas prendre le risque de travailler seul. » Sa progression professionnelle le satisfait pleinement : « Avant, je concevais des logiciels pour le calcul de risques de la salle des marchés ; désormais, je gère le risque en direct. »

L'autre côté du miroir

Ce n'est pas Philippe Tassi, directeur adjoint de l'institut de sondage Médiamétrie, qui lui disputerait sa place. Après une carrière d'enseignant à l'Ensae, un passage à l'Insee à la direction du service statistiques d'entreprises, il se demande ce qu'il va bien pouvoir faire à quarante ans révolus. Partir dans le secteur bancaire ? Un milieu trop froid à son goût. Lorsque l'opportunité se présente d'entrer à Médiamétrie, il n'hésite pas une seconde. « Je suis passé de l'autre côté du miroir. Du côté des utilisateurs. » Un domaine dans lequel le statisticien a parfaitement sa place. « Notre métier de base, c'est le système d'information, souligne-t-il. Il s'agit de définir, monter, gérer et sortir des résultats. C'est une dimension statistique classique. Ensuite, il faut essayer d'interpréter, de comprendre les comportements des téléspectateurs. On touche alors à une dimension sociale. Enfin, il faut essayer, si possible, de modéliser ces comportements au sens mathématicien. »

Catherine Leroy